J’ai déjà parlé de l’impact des algorithmes des réseaux sociaux sur la société. De nombreux autres ont listé l’effet de silo des réseaux, et leur amplification des extrêmes.
Je vais aller plus loin ici, et pour une fois me mêler de ce qui ne me regarde pas, la politique. Ce blog est une plateforme professionnelle où j’exprime des réflexions sur l’industrie publicitaire, ses technologies, et indirectement, ses impacts sur la société. C’est donc dans cet esprit qu’il faut lire ces lignes, et non dans celui de l’expression d’un point de vue personnel, qui n’a rien à faire ici.
C’est un fait, les extrêmes montent partout. Et ce mouvement est plus qu’accompagné, il est même accéléré, voire généré, par les réseaux sociaux. Cela fait des années qu’on le sait.
Je vais ici m’intéresser à quel type d’extrême est promu par les réseaux sociaux.
Politiquement, sur l’échelle droite-gauche qui a longtemps défini les différents mouvements, on peut, en simplifiant à dessein, caricaturer l’extrême droite comme une pensée inégalitaire. Certains valent plus que d’autres, d’où une recherche permanente de bouc-émissaires.
A l’autre bout de l’échiquier, la gauche extrême prône l’égalité absolue, avec notamment la vision marxiste qui a sévi au 20ème siècle.
Sous cet angle, l’effet de silo a les conséquences suivantes :
- je ne vois que des gens qui pensent comme moi
- je me radicalise dans mes opinions
- j’exclue ceux qui ne pensent pas comme moi de mon silo
- j’exclue ceux qui ne sont pas comme moi de mon silo
- je considère que ceux qui ne sont pas dans mon silo sont mes ennemis
- je me sens supérieur à mes ennemis
- je pense être supérieur à ceux qui ne sont pas comme moi
En d’autres termes, l’abus de réseaux sociaux mène surtout à un type d’extrême, l’extrême inégalitaire, l’extrême droite.
Je pense donc sincèrement que la montée de l’extrême droite dans nos démocraties est fondamentalement une conséquence des algorithmes des réseaux sociaux !
Pour l’ingénieur que je suis, celui signifie que les ingénieurs ont pris le pouvoir ! A force de bichonner leurs algorithmes, ils ont réussi à avoir un impact profond et historique sur la société, et sur le monde.
Le problème, c’est que les ingénieurs n’ont pas fait ça par motivation politique. Ils ont bêtement cherché des solutions à des problèmes qu’on leur posait (augmenter la rétention, favoriser la participation, etc.). Et comme souvent pour les ingénieurs, ils n’ont pas réfléchi aux conséquences de leurs actions.
Les hommes les plus puissants du monde, les ingénieurs, ne sont que les idiots utiles d’un système qui leur a échappé.
Y a-t-il une réelle volonté de certains à modifier le monde en ce sens ? Peut-être, mais je pense que c’est marginal. Les théoriciens de l’extrême droite n’ont jamais eu le pouvoir d’influer sur les algorithmes des réseaux sociaux.
La situation dans laquelle on se trouve est la conséquence involontaire d’une classique recherche de profit (rétention, participation, engagement, publicité).
La « liberté d’expression » chère à Musk n’a au départ qu’une visée de création d’audience et donc de revenus publicitaires. Il y avait bien un terreau fertile (libertarisme et apartheid dans son cas), mais si la liberté d’expression avait freiné ses affaires, il ne l’aurait pas autant promue.
Si cela touche le grand public, que dire des politiciens ?
Leur job est de se faire élire. Ecouter son électorat fait partie du boulot. Leur dire ce qu’ils veulent entendre aussi.
Avant les réseaux sociaux, on pouvait plus dire ce que l’électorat n’a pas envie d’entendre. Il n’avait pas le choix, un long discours (écrit ou oral) devrait couvrir toute la base électorale. Aujourd’hui, un homme ou une femme politique n’a droit qu’à quelques phrases. Il ou elle doit aller à fond sur un thème, pour toucher une population sur chez un influenceur, à fond sur un autre thème chez un autre influenceur.
L’effet de silo se trouve donc démultiplié chez les politiques.
Tous ces auto-déclarés génies (Musk et Trump en tête) sont maintenant piégés dans le monstre que les réseaux sociaux ont construit, et que donc ils ont construit, et qui a échappé à ses créateurs.
Leur absence du moindre sens moral, de la moindre empathie prouve selon moi que les algorithmes les ont coupés d’une pensée humaine rationnelle. Entre nettoyage ethnique proposé à Gaza, arrêt brutal de toute subvention aux plus faibles (aux USA et dans le reste du monde), assimilation aveugle de tous les migrants à des terroristes (donc parqués à Guantanamo pour la symbolique ), on ne peut que constater que ces gens n’ont plus la moindre conscience des conséquences leurs actes, autres que celles de leur intérêt propre.
A force de silotage, les réseaux sociaux poursuivent leur entreprise de déshumanisation de la partie de l’humanité qui ne pense pas comme ceux qui se croient supérieurs. Et la déshumanisation de ses ennemis, cela a conduit dans le passé à l’extermination desdits ennemis. Les nazis et les hutus par exemple ne voyaient pas leurs victimes comme des humains.
Le prochain génocide ou la prochaine guerre sera une conséquence des réseaux sociaux.
