
Le marché publicitaire digital repose sur des data, c’est bien connu. Il s’habitue petit à petit, contraint et forcé, à son corps défendant et à l’insu de son plein gré, bref, lentement, à des solutions alternatives pour le ciblage.
Mais j’entends souvent dire : pour la mesure, on aura toujours besoin des data…
C’est vrai, la mesure des performances publicitaires reste le parent pauvre des alternatives aux data. Mais faut-il se contenter de chercher à adapter les méthodes anciennes à un paradigme qui a changé du tout au tout ?
Intuitivement, disposer d’un identifiant pour associer une conversion à une exposition publicitaire, c’est simple et robuste. Sauf que ce n’est pas simple (combien de temps les traders passent-ils à mettre en place des outils de mesure ?). Et ce n’est plus robuste (combien de campagnes se passent sans problème de mesure ?).
Le pire, c’est l’utilisation qui est faite de ces données. Utilise-t-on les données individuelles pour tirer des enseignements individuels ? Pour prendre des décisions individuelles ? Pour agir individuellement ?
Vous me direz, on peut exclure des individus qui ont acheté un produit pour une campagne sur ce produit. Qui le fait ? J’avais posé cette question à Criteo il y a plus de 10 ans. Réponse : c’est compliqué, ça ne fait rien économiser, et ça peut rapporter un peu en cross-sale. Rien économiser, en effet : avec une estimation généreuse d’une conversion pour 1000 expositions, on économise 0,1% de son budget média.
Non, les analyses publicitaires ne sont pas individuelles. Elles sont agrégées.
Même une société comme Scibids, dont le succès est fondé sur la finesse de ses analyses, travaille sur des corrélations statistiques.
Pour le reste, les analyses restent souvent assez basiques : domaine de l’exposition, navigateur, device, jour, heure… Où est la donnée individuelle là-dedans ? Nulle part. Elle ne sert qu’à nourrir des analyses agrégées.
Alors pourquoi utilise-t-on un marteau-piqueur pour casser une noix ?
Le problème du marteau-piqueur, c’est qu’il est lourd et qu’il fait du bruit.
La data est lourde, on l’a vu. Et bientôt, reproduire ce qu’on faisait avec des cookies sur la base d’identifiants, qu’il faudra combiner pour arriver à des volumétries suffisantes, ce sera encore pire.
Et si ces identifiants sont eux-mêmes statistiques, ça devient drôle : on utilise des statistiques pour obtenir de l’information pseudo-individuelle, qui sera utilisée pour faire des statistiques !
Et la métaphore du bruit du marteau-piqueur, c’est les dommages collatéraux des données. Comme le ciblage individuel, la mesure individuelle a mauvaise presse chez les internautes. Tous les abus commis par les adtech ont créé une légitime paranoïa publicitaire. Se savoir « espionné » sur le site d’un annonceur peut générer chez les visiteurs une défiance vis-à-vis de la marque.
Attention, je ne dis pas que les bases CRM sont illégitimes et inutiles ! Une marque a le droit (et même l’obligation) de connaître ses clients et si possible ses prospects. Mais sur une base claire de consentement et de volontariat.
Pour le reste, le marché devrait chercher des solutions d’attribution agrégées. Qui ne passent pas par des identifiants dont finalement, on n’a pas vraiment besoin.
Mon petit doigt me dit que certains y réfléchissent déjà ! 🤔



