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  • Qu’est-ce que l’innovation ?

    Qu’est-ce que l’innovation ?

    Je suis en lice pour les Ratecard Stars, catégorie « innovation tech ». J’en profite pour vous inviter à voter ici, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

    « Innovation tech », c’est certainement la catégorie qui me fait le plus plaisir.

    Innover est le fil directeur de toute ma carrière professionnelle.
    Et ça a même commencé avant, en 1993, avec cet essai de littérature, L’Infini chez Borges (publié ici), où j’apporte une vision mathématique à une étude littéraire.

    Dès mon premier boulot, j’ai eu la chance de tomber sur un manager (merci Hervé) qui m’a laissé innover. Lorsqu’un client (j’étais dans une SSI) vous demande de paramétrer des dizaines de rapports, vous vous préparez à des jours de travail laborieux. Ou alors, vous lui proposez une interface où il pourra lui-même créer une infinité de rapports ! Et il accepte !

    Ne pas répondre aux questions posées, mais répondre au besoin caché derrière les questions, c’est une première façon d’innover.

    Chez Alenty, avec Nico, on s’est donné un an de pure R&D. On voulait explorer les nouvelles capacités de l’ajax alors balbutiant (on était en 2006).
    On avait un objectif, mais il n’avait pas grand chose à voir avec ce qui en est finalement sorti.
    La première idée consistait à faire des prédictions en combinant les avis d’une communauté (pour prédire le cours d’une action par exemple), selon les principes de la sagesse des foules. Pour estimer la valeur d’une prédiction, on a déposé un brevet sur une mesure de l’expertise d’un contributeur. Et pour apporter à cette mesure des données à analyser, on a développé une méthode de mesure de la lecture des articles et de leurs commentaires (les gens lisent-ils un article jusqu’au bout, lisent-ils tel ou tel commentaire ?). Et un jour, on s’est rendus compte que la technologie de mesure de la lecture des commentaires pouvait s’appliquer à la mesure de la visibilité de la publicité.

    Innover, c’est trouver ce qu’on n’a pas cherché, et sauter sur l’occasion.

    A ce sujet, regardez cette video de Philippe Gabillet, mon prof en MBA : la chance, ça se travaille !

    Avant de partir voyager en famille pendant un an, j’ai eu envie de monter un projet autour de l’art digital. J’avais vu plein d’expositions d’art contemporain, j’avais acheté des œuvres originales, mais pas d’art numérique. D’une part je n’avais plus beaucoup de place sur les rares murs que je n’avais pas fait abattre, et d’autre part, il fallait à l’époque (2016) acheter un écran (très moche) pour acheter une œuvre digitale ! J’ai donc analysé les smart contracts d’Etherium, regardé la doc des télévisions Samsung pour développer une application. L’idée était de proposer la vente d’œuvres d’art numériques et de pouvoir les regarder ou les exposer sur un seul écran de télé.
    De retour de mon tour du monde en 2018, je vois que le terme NFT a été inventé, et que quelques boites se sont montées. J’avoue que je n’aurais jamais pensé à vendre des cartes de joueurs de foot ou des singes uniques, donc je n’aurais jamais fait Sorare.
    Mais dès que j’ai vu que d’autres ont eu la même idée que moi, elle a cessé de m’intéresser.

    Innover, c’est ne pas faire comme les autres.

    A ce sujet, je me dois de tempérer un peu mon propos. Plein de gens innovent en copiant et en améliorant. C’est d’ailleurs une méthode bien plus efficace, car on n’a pas à se taper l’éducation du marché.
    C’est juste que c’est une méthode dont je suis incapable.

    Et cette fois, Implcit, l’histoire est différente. Ayant une expérience de l’ancien monde (les panels de NetValue entre 1998 et 2006), et d’un nouveau monde (le programmatique chez Alenty et AppNexus), j’ai pu regarder l’évolution de la publicité digitale avec un regard différent.
    J’ai alors pensé que, face à la raréfaction des données utilisateurs, disposer de 25 000 volontaires représentatifs qui partagent toute leur activité digitale permettait d’apporter des réponses au marché.
    Dans ce cas, l’innovation a consisté à synthétiser 20 ans d’expériences a priori incompatibles.

    Innover, c’est aussi capitaliser.

    En conclusion, innover, c’est avoir des idées et savoir les réaliser (merci Nico et les ingés !).
    Rien de plus excitant, de plus motivant, de plus dur.
    Rien de plus aléatoire, aussi. Ça ne marche pas toujours. Techniquement, commercialement. Les risques sont partout et les chances de succès sont très faibles.

    Car innover, c’est aussi et surtout, avoir le droit de se planter !

    Donc, votez pour un entrepreneur de l’innovation tech !

  • Le choix des mots

    Le choix des mots

    L’innovation s’appuie obligatoirement sur des mots.
    Même si on produit du code, même si on invente des formules mathématiques. Au final (ou au commencement pour tenter une métaphore biblique) il y a le mot.

    En 2007, chez Alenty, Nico et moi avons appliqué une méthode générique de mesure des blocs d’information d’une page web à un bloc particulier, une bannière publicitaire. La mesure de la visibilité publicitaire était née.

    Comme nous étions les premiers au monde à nous attaquer à cette problématique, il n’existait aucune norme, aucune définition, ni même aucun mot pour désigner ce que nous avions trouvé.

    Alors, je me suis attelé à lister les différentes options, en français et en anglais (car nous savions que le marché était mondial) :

    • visible : pub présente dans la partie d’une page affichée à l’écran
    • vue : pub dans le champ de vision de l’utilisateur
    • regardée : pub sur laquelle le regard se pose

    La différence entre visible et vue reposait sur une caractéristique technique. Notre technologie mesurait l’activité clavier-souris, ce qui nous permettait de savoir si l’ordinateur était utilisé par quelqu’un.
    Publicité visible à l’écran + quelqu’un devant l’écran = publicité vue

    Pour différentes raisons, la définition de l’IAB a abandonné la notion d’activité clavier-souris. Il est donc plus correct de parler de publicité visible.

    En anglais, le terme visible (dans tous mes articles les mots anglais sont en italique) a été supplanté par le néologisme viewable (ce mot n’existe que dans le contexte de la visibilité publicitaire). Une publicité « voyable » correspondrait à la traduction la plus directe de viewable. Il sous-entendrait que c’est plus fort que visible, ce qui n’est pas le cas.

    En n’utilisant pas les bons mots, on ne manipule pas les bons concepts.

    En ce moment, le buzz-word est attention.

    Je ne suis pas un spécialiste des neuro-sciences, mais après 15 ans de discussions passionnantes avec le Docteur Dorothée Rieu, je peux me risquer à quelques réflexions à ce sujet.

    J’avais mentionné le verbe « regarder » un peu plus haut. L’attention serait-elle liée à l’action de regarder ? Dans ce cas, la seule mesure possible serait l’eye-tracking (le masure du mouvement des pupilles et sa projection sur un écran).

    Mais je pose la question ici : existe-t-il une attention passive ? Un message publicitaire diffusé à côté d’un article n’a-t-il aucun effet si le regard ne se porte pas dessus ?

    Je suppose que cela dépend de paramètres comme la connaissance antérieure du message, de ses codes couleur, du logo, du produit, etc. Dans certains cas, on peut avoir de l’attention (inconsciente ?) sans que le regard soit posé sur la publicité.

    Le Docteur Dorothée Rieu me glisse à l’oreille que ça s’appelle l’attention implicite ! Ca ne s’invente pas ! 😄

    Quel amoureux (se) n’a pas focalisé toute son attention sur l’objet de son amour, alors qu’elle (il) n’était que dans son champ de vision, et sans jamais oser la (le) regarder ?

    Dans l’Amant de Jean-Jacques Annaud, sans se regarder, les doigts des amants se rapprochent imperceptiblement…

    Je dirais donc que l’attention n’impose pas le regard. Mais qu’elle est plus proche de cette notion de « vue », de champ de vision, à laquelle j’avais pensé en 2007.

    Qu’en pensez-vous ?

  • Les trois étapes de la confiance

    Les trois étapes de la confiance

    Lorsqu’on invente de nouvelles méthodes (d’achat des publicités dans notre cas), on n’a pas toujours la capacité de valider ses innovations à partir d’une source externe. Comment alors savoir si elles fonctionnent, et comment ensuite convaincre nos prospects ?

    Il y a quelques années, j’ai développé une méthode pour créer de la confiance en trois étapes.

    Patrick Edlinger, en solo (sans corde) dont le film La Vie au Bout des Doigts, m’a fait aimer l’escalade quand j’étais ado.

    1. Vérifier ce que l’on sait déjà

    Le regard humain ne doit jamais être oublié.

    Lorsqu’on découvre les stratégies d’achats que nos algorithmes ont trouvées, on va systématiquement regarder les URLs et les sites les plus en affinité avec la cible. Ce sont ceux dont les publicités sont servies exclusivement à des individus de la cible choisie.

    Par exemple, c’est très rassurant de voir que des sites d’universités sont visités presque exclusivement par des étudiants.

    Dans certains cas, on cible un comportement : les visiteurs de sites de sport, ou d’un site particulier, ou les internautes intéressés par un thème. Dans ce cas, c’est simplement automatique : les sites que l’on a sélectionnés pour créer la cible sont visités exclusivement par des internautes de la cible et leur affinité est donc maximale.

    Prenons une thématique intéressante : les amateurs de trek. Nous sélectionnons les pages qui parlent de trek. Ensuite, on regarde ce que font les panélistes qui ont visité ces pages. Et naturellement, on retrouve les pages de trek parmi celles où la cible des amateurs de trek est la plus sur-représentée.

    On voit ça, c’est logique, on est rassurés.

    Donc, à la première étape, on n’a rien appris, mais le bon sens a confirmé ce que les machines ont fait.

    2. Découvrir et comprendre

    Parmi les sites les plus en affinité, on va ensuite découvrir des sites auxquels on n’aurait pas pensé ou qui ne sont pas directement dans la liste des sites qui ont servi à créer la cible.

    Prenons nos étudiants. Au milieu des universités, on trouve :

    • des sites de bons plans (et oui, les étudiants sont fauchés)
    • des sites de jeux (et oui, les étudiants jouent)
    • des sites de cinéma (et oui, les étudiants regardent des films)…

    Pour les amateurs de trek, c’est encore plus intéressant. On trouve une forte sur-représentation des trekkers sur des sites d’information locale. Et on se dit que, en effet, on a beaucoup plus de chance de trouver des trekkers en province qu’à Paris.

    Cette étape consiste donc à découvrir des sites auxquels on n’aurait pas pensé, mais dont on comprend a posteriori pourquoi ils ont été trouvés par notre système.

    A la deuxième étape, on apprend des choses, mais on arrive à comprendre le « pourquoi ».

    3. Faire confiance

    Enfin, on trouve des sites dont la relation ne semble pas évidente à première vue.

    Alors les premières fois, on creuse. Et on va bien vérifier que les visiteurs de ces sites sont bien majoritairement des internautes qui font partie de la cible. On ne les as pas inventées, ces données. Elles sont mesurées par un meter que les panélistes installent sur leur ordinateur ou leur mobile ! Si le meter a mesuré cette page, c’est bien que les panélistes y sont allés !

    Alors on se rappelle que les gens sont souvent plus complexes qu’on le croit. Les amateurs de trek ne sont pas monomaniaques, ils ne passent pas tous leur vie sur des pages de trek. Ils ont d’autres centres d’intérêts.

    Et nos analyses identifient automatiquement les autres centres d’intérêts communs à cette population.

    Donc après ces vérifications, on finit par faire confiance, et on accepte ces autres propositions.

    A la troisième étape, on apprend (comme à la deuxième), mais cette fois, on ne peut plus expliquer le « pourquoi ». Alors, puisque le « comment » est robuste, on sait qu’on peut utiliser ces résultats.

    Finalement, même en l’absence de solution de validation externe, ces trois étapes sont nécessaires pour construire de la confiance dans une solution innovante. Et cette méthode peut s’appliquer à de nombreuses innovations.