Étiquette : repetition

  • Mesurer pour améliorer

    Mesurer pour améliorer

    Encore un article sur la répétition me direz-vous ! Je me répète à parler de répétition, jolie mise en abyme, Borges et Vélasquez auraient aimé !

    Velasquez se peint (à gauche) en train de peindre le roi et la reine, qui sont donc à la place du spectateur, et que l’on voit dans le miroir au fond. Une des plus belles mises en abyme de l’art…

    C’est le dernier de cette série, promis (avant la série suivante) !

    Un des problèmes qui ont laissé la répétition dans le caniveau de l’innovation publicitaire, c’est qu’aucun indicateur n’a été inventé pour la mesurer.

    Renseigne-toi, Laurent, me direz-vous, il y a la répétition moyenne et le capping ! Ouais, supers indicateurs, qui ne permettent aucune amélioration des performances d’une campagne.

    J’ai déjà écrit que la répétition moyenne ne veut rien dire.
    50% des contacts à une répétition, et 50% à 9 répétitions, ça fait une moyenne de 5 (ce qui peut être un objectif légitime). Mais pour moi, ça fait la moitié des contacts sous-exposés (perte d’efficacité), et l’autre moitié surexposée (budget non respecté).

    Pour moi, le marché n’a jamais inventé l‘indicateur qui mesurerait la qualité de la distribution des contacts.

    J’ai alors pensé à introduire une notion de distance par rapport à l’objectif de répétition. Qu’est-ce qu’une distance ? On raisonne souvent en distance dans un espace de dimension 2 (un plan, de coordonnées x et y). Dans ce cas, la distance d’un point (x, y) par rapport à l’origne (0, 0) se mesure avec une norme, et la norme en dimension 2, c’est

    \[d_2 = \sqrt{x^2 + y^2}\]

    Lorsqu’on cherche à optimiser sur une dimension, on utilise la norme 1, c’est-à-dire la norme d’espace de dimension 1. Cette norme est égale à ||

    \[d_1 = \sqrt{x^2} = |x| \]

    Donc on prend simplement la valeur absolue de la distance qui nous sépare de l’objectif.

    Exemple :

    • objectif = 4
    • valeur = 1 donc distance = 3 (valeur absolue de 4 – 1)
    • valeur = 8 donc distance = 4 (valeur absolue de 4 – 8)

    L’intérêt de cette méthode, outre sa simplicité extrême, c’est qu’elle va prendre en compte à la fois la sous-exposition (répétition inférieure à l’objectif) et la sur-exposition (répétition supérieure à l’objectif). Les deux problèmes sont de nature différente, mais c’est très pratique de les ramener à une seule mesure.

    Reprenons les exemples de distribution de contacts que j’ai présentés dans un précédent article sur le sujet :
    En abscisse, le nombre de publicités reçues par individu, en ordonnée, le nombre d’individus qui ont reçu une, deux, trois, … publicités de la campagne. En bleu, la répétition optimale (cible, ici 4 pour l’exemple).

    Calculons la distance moyenne de chaque distribution :

    d = 3,45
    d = 1,69
    d = 0,96

    Intuitivement, on vérifie que, plus la distribution se rapproche de l’optimum, 4, plus la distance est faible. Si tous les contacts étaient à 4, la distance serait de 0 !

    Avec cet indicateur, on peut mesurer la qualité de la répétition publicitaire. Et pas seulement avec une moyenne de répétition qui ne veut rien dire.

    Avec l’expérience Alenty, je ne connais que trop bien les difficultés à imposer un nouvel indicateur (nous avons inventé le taux de visibilité en 2007, je ne vous dis pas le temps qu’on a passé à éduquer le marché !).

    Je ne pense donc pas que cet indicateur va entrer dans le langage courant des acheteurs média. Mais à tout le moins, il pourra servir de base pour des algorithmes d’optimisation des performances publicitaires.

    Qu’en pensez-vous ?

  • Non, la gestion de la répétition, ce n’est pas le capping !

    Non, la gestion de la répétition, ce n’est pas le capping !

    Après « contextuel », il semble que le buzzword de 2022 soit « répétition ».

    C’est un sujet que j’ai beaucoup étudié, et beaucoup écrit. Depuis 2012, même, comme le rappelle cet article

    J’ai aussi écrit :

    C’est donc un sujet auquel j’ai pas mal réfléchi. Bon, me direz-vous, chacun son truc ! Mais c’est un sujet vraiment important pour l’industrie publicitaire, alors je continue… Cet article inaugure une petite série sur ce sujet !

    Depuis les travaux d’Armand Morgensztern dans les années 1970, on sait quantifier l’apport de la répétition à la mémorisation d’une publicité. A partir, du bêta de Morgensztern, il est possible de décider d’un niveau de répétition optimal.
    En effet, l’impact d’une répétition N+1 est inférieur à celui d’une répétition N (l’efficacité marginale décroit). Comme le coût d’une répétition N+1 est souvent égal au coût de la répétition N, l’efficience (rapport efficacité sur coût) passe par un maximum, comme je l’ai illustré graphiquement dans cet autre article.

    On va donc décider que, par exemple, la répétition optimale d’une campagne sera de 4.

    Et c’est là que beaucoup se trompent, surtout dans la publicité digitale.

    La répétition optimale est individuelle, pas le résultat d’une moyenne !

    Reprenons notre exemple d’une campagne avec une répétition moyenne de 4. Et analysons la distribution des contacts, illustrée dans les graphes ci-dessous.
    En abscisse, le nombre de publicités reçues par individu, en ordonnée, le nombre d’individus qui ont reçu une, deux, trois, … publicités de la campagne. En bleu, la répétition optimale (cible).

    Les trois distribution de contacts ont une répétition moyenne d’environ 4. Mais intuitivement, laquelle vous semble fournir un meilleur résultat du point de vue de la répétition individuelle ?

    On voit bien que la troisième distribution concentre une plus grande part des individus autour du nombre d’expositions cible (4, en bleu dans le graphique).

    Dans la pratique, plutôt qu’une répétition optimale, on va parfois chercher à définir une répétition « utile ». C’est habituellement celle qui se situe autour de l’optimal. On appellera donc « couverture utile » la part des contacts qui ont été exposés entre 3 et 5 fois par exemple.
    La deuxième distribution présente une couverture utile intéressante, bien que plus étalée que la troisième.

    Le premier graphique à l’inverse montre ce qui est malheureusement le plus souvent obtenu (dans la plupart des média, pas seulement sur Internet) : une moyenne de 4 avec beaucoup de sous-exposés et beaucoup de sur-exposés.

    Or le capping ne s’intéresse qu’à la partie droite de la distribution des contacts. Il ne va servir qu’à limiter la grande sur-exposition. Il est vrai que certains peuvent voir une publicité cent fois. Mais il y a des cas où cette sur-exposition n’est pas contre-productive. Un retargeter qui paie des minimums garantis aux sites peut choisir d’exposer encore et encore un prospect (qui ne lui coûte rien) en espérant un hypothétique clic…

    De plus, le capping ne tient pas toujours ses promesses. Comme je l’ai déjà écrit dans cet article, on ne fait que du « multi-capping » aujourd’hui. Et donc, avec des cappings, on peut obtenir des répétitions très élevées (30, 50, 100 ?)…

    On entend que le capping est impossible sans data (c’est vrai), et qu’on ne peut donc pas gérer la répétition sans data (c’est faux). Mais gérer la répétition, c’est s’intéresser aussi, et même surtout, à la partie gauche de la courbe de distribution des contacts.

    Depuis des années, on a laissé tomber la gestion de la répétition en se repliant derrière le capping. Je présenterai une prochaine fois la méthode du brand boosting que j’avais présentée à l’IREP (Institut d’Etudes et de Recherches Publicitaires) en 2012 !

    Aujourd’hui, même sans data, il faut absolument travailler sur cette question de la répétition. Pas sous l’angle du capping, mais de manière plus globale.

    La fin du capping permet au marché de se poser à nouveau les bonnes questions :

    • comment travailler sur des individus et non sur des ids ?
    • quel est mon optimum de répétition ?
    • quelle plage de répétitions peuvent être considérées comme « utiles » ?
    • comment piloter la répétition dans mes achats publicitaires et pas seulement bloquer les valeurs extrêmes ?

    On a donc plus une opportunité de reconstruire de nouvelles pratiques, plus efficaces, moins techniques, plus centrées sur les individus et moins sur des ids.
    En tous cas, moi je trouve ce défi passionnant, et faites-moi confiance, nous sommes déjà en train d’y travailler !