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  • Les régies ont besoin du contextuel

    Les régies ont besoin du contextuel

    La fin du tout data se traduit par une diminution des CPM pour de nombreuses régies.

    Déjà malmenées par la suprématie des clics, qui avantage les contenus de mauvaise qualité, comme je l’ai écrit maintes fois, c’est maintenant l’action combinée la disparition des cookies et de la baisse du consentement qui vient les frapper.

    Une impression publicitaire mise aux enchères sans data associée (ou sans data associable), pour cause d’absence de cookie tiers ou de consentement, cette impression fera moins l’objet d’enchères débridées. Son prix d’achat sera donc souvent bien inférieur à une impression qui peut servir à une campagne de retargeting par exemple.

    Les régies tentent donc de convaincre les acheteurs que leurs environnements sont de bonne qualité et qu’ils peuvent les acheter même sans data. Mais alors, il suffit que l’agence fasse volontairement ou non l’une de ces deux actions pour ruiner les efforts de la régie :

    • laisser cochée la case « Do not buy impressions without cookies » (comportement par défaut de nombreuses DSP comme Xandr)
    • ou simplement (et c’est encore plus pervers) configurer un capping sur la campagne. Le capping se fonde aujourd’hui sur des cookies, configurer un capping entraîne de facto l’exclusion des impressions sans cookies.

    Dans les deux cas, la DSP ne placera pas d’enchère sur les impressions sans data, même si les data ne sont officiellement pas utilisées pour la campagne.

    Même sur des campagnes sans data, il est donc difficile de valoriser des impressions sans cookies ou sans consentement.

    Quand on y pense, à quoi servent les data ? A cibler. C’est tout.

    Et si on pouvait cibler sans data ? C’est ce que permet le contextuel. En connaissant bien les profils de ses audiences, une régie peut proposer un ciblage contextuel performant aux acheteurs.

    Avec le ciblage contextuel, les acheteurs peuvent toucher les individus qui intéressent les annonceurs. Une impression ciblée, que ce soit par des data ou grâce à au contexte, pourra être mieux valorisée. Lorsqu’on n’achète pas au hasard, on accepte de payer le prix.

    Mais, me direz-vous (votre pertinence ne cesse de m’impressionner !), même si on cible avec le contexte, on peut oublier de décocher la case « cookies » ou toujours chercher à imposer un capping ! Et vous avez raison !

    Pour le capping, il y a des pistes prometteuses, sur lesquelles nous travaillons, et qui mériteront un article dédié.

    Quant à la case « cookies » qu’il faut décocher, j’ai une solution radicale, et qui marche aussi pour le capping. Il suffit que la régie n’envoie que des impressions sans cookies pour ces campagnes contextuelles. Des impressions sans cookies envoyées pour une campagne qui demande des cookies, ça donne une campagne qui ne dépense pas. Et une campagne qui ne dépense pas, ça se voit, et ça se corrige.

    Un trader qui se trompe de configuration mais dont la campagne « délivre » (un jour j’écrirai un article complet sur ces anglicismes : « délivre », traduction de « deliver », mais en Français, à qui cette campagne rend-elle sa liberté ?), croira avoir fait le boulot.
    Et s’il n’a pas d’impératifs de performance, il pensera avoir fait le boulot et ne regardera pas plus loin. Mais si la campagne ne « délivre » pas (qui ? La Reine des Neiges ?), il se dira que quelque chose ne va pas.

    Bref, un ciblage contextuel sur des impressions sans cookies, ça fait les affaires des régies (et des princesses peut-être).

    Libérée! Délivrée! GIF - Liberee Delivree Lacher GIFs

    Autre argument, la couverture.

    Si vous croyez que la couverture était l’ancêtre de la couette (passez au paragraphe suivant sinon), je me permets une petite explication : la couverture correspond au pourcentage d’une cible qui a été touchée par une campagne.

    Si une campagne ne touche que les impressions AVEC des cookies, la couverture maximale que l’on peut espérer est d’environ 50% (20% en 2023). Si une campagne ne touche que les impressions SANS cookies, la couverture maximale est aussi d’environ 50% (et 80% en 2023).

    Ce qui est intéressant, c’est que ces deux 50% sont plus ou moins exclusifs (j’écrirai un article là-dessus, promis). Soit vous avez un cookie, soit vous n’en avez pas.
    Donc cibler contextuellement des impressions sans cookies, en complément d’une campagne qui cible des impressions avec des data, c’est la meilleure manière de se donner une possibilité de toucher potentiellement 100% de sa cible.

    Tous les acheteurs devraient avoir ça en tête.

    Cibler par le contextuel permet aussi de se démarquer des GAFA. Leur force, c’est les data. En acceptant d’être jugées sur leurs data, les régies se placent sur le terrain de jeu de leurs concurrents géants.

    A l’heure du rejet de l’utilisation des données personnelles, il est temps que les régies déplacent la discussion sur leur terrain de jeu.

    Les meilleurs défenseurs et promoteurs du ciblage contextuel devront être les régies.

  • Les deux visages du contextuel

    Les deux visages du contextuel

    En publicité, quand on parle de contexte, on fait référence à l’environnement dans lequel une publicité s’affiche : la page ou l’application, l’heure, le jour, etc.

    On distingue donc le contexte de la cible. Et c’est bien normal, puisque l’un et l’autre font partie des cinq piliers de l’efficacité publicitaire.

    L’expression « ciblage contextuel » n’est-elle donc qu’un oxymore, une association de termes contradictoires ?

    Que nenni !

    D’une part, avec la disparition des data (baisse des cookies et du consentement), on n’aura pas le choix. A part des ids unifiés qui ne concerneront pas grand-monde, seul le contexte sera accessible, même pour cibler !

    D’autre part, il y a je pense deux façons de voir le contexte :

    • un environnement plus ou moins favorable à une exposition publicitaire
    • un support consulté par certains individus, et pas par d’autres

    Les deux approches ne sont pas incompatibles.
    Un « bon » individu dans un mauvais environnement ne répondra pas favorablement à un stimulus publicitaire.
    Inversement, un environnement favorable peut être visité par des individus absolument pas concernés par ma publicité.

    L’approche « environnement » a récemment fait de grands progrès avec l’analyse sémantique. Pour simplifier, on analyse les sujets d’environnements dont on connaît l’efficacité, et on achète des publicités sur d’autres environnements qui traitent des mêmes sujets.

    Mais il est dommage que la dimension « qui ? » soit négligée dans cette approche. Ok, on peut se dire qu’à thème identique, on retrouve des individus identiques. C’est peut-être vrai, mais on raisonne alors par inférence, sans analyser ces deux dimensions (qui et où) indépendamment l’une de l’autre.

    Chez Implcit, nous analysons la cible et l’environnement indépendamment.

    Grâce aux données du panel auquel nous avons accès, nous pouvons modéliser la structure de l’audience potentielle d’une impression publicitaire. Oui, j’ai bien parlé d’audience d’une impression, pas d’audience d’une page (elles sont différentes, je reviendrai dessus une autre fois).

    L’approche contextuelle comportementale consiste donc à analyser le comportement de la cible que l’annonceur veut toucher, et à choisir les environnements (pages ou applications) des impressions sur lesquelles cette cible est la plus sur-représentée.

    Une cible peut donc être touchée dans un nombre important d’environnements différents.
    Certains sont évidents. Les femmes qui font du sport vont plus sur des sites de sport. Mais faut-il pour cela cibler un site comme l’Equipe ? Ca dépend.
    D’autres ne se devinent pas, mais peuvent se comprendre a posteriori. On va trouver les femmes qui aiment le sport sur certains sites de mode, mais pas sur d’autres.
    Enfin, une fois qu’on a construit sa confiance dans les résultats en validant les deux premières étapes (« c’est évident », et « ah oui, j’y avais pas pensé, c’est pas con »), on laisse l’algorithme trouver des pépites d’audience. La troisième étape, c’est « je ne sais pas pourquoi, mais ça marche ».

    On peut donc affirmer que le contexte se divise en :

    • sémantique
    • comportemental

    Et que les deux ne sont pas exclusifs.

    Mais seul le ciblage contextuel comportemental permet de séparer la cible et l’environnement.

    Ok, l’association des mots « contextuel » et « comportemental » n’est pas très jolie. Ca fait un peu « con-con », ce qui n’est pas idéal pour décrire la stratégie de sa boite. 🙂

    En Anglais, « behavioral context » sonne bien mieux. Peut-être dérogerai-je à ma règle sacrée d’éviter les anglicismes pour une fois. Sauf si vous m’aidez !

    Et vous, vous avez mieux pour nommer l’autre visage du contexte ?

  • Google louvoie ? Gardons le cap sans eux !

    Google louvoie ? Gardons le cap sans eux !

    Quand on pèse 60% du marché des navigateurs, 80% de celui des adserveurs, 80% des SSP, 80% des DSP, je pense qu’on entre dans la catégorie des « plateformes structurantes ».
    Selon le conseil d’analyse économique, est structurante « une entreprise qui détient un pouvoir de marché structurant – en raison de l’importance de sa taille, de sa capacité financière, de sa communauté d’utilisateurs et/ou des données qu’elle détient – qui lui permet de contrôler l’accès ou d’affecter de manière significative le fonctionnement du ou des marchés sur lesquels elle intervient ».

    Google est une entreprise structurante sur le marché de la publicité en ligne, c’est indéniable.

    Bref, quand Google renifle, la monde de l’adtech éternue.

    Une décision comme l’arrêt des cookies tiers dans le principal navigateur internet du marché ne devrait pas être prise et annoncée par une société privée. L’annonce, 18 mois plus tard, d’un délai de deux ans non plus.

    OK, Google est privé, ils font ce qu’ils veulent. C’est vrai pour toutes les entreprises, mais cet a priori se heurte à la taille des entreprises, et à leur pouvoir structurant.

    « Un grand pouvoir implique une grande responsabilité ». Qui a dit ça le premier ? Spiderman ? Son oncle Ben ? Le narrateur de la BD ? Voltaire ?
    Aucun de ceux-là ! Il semble que la première citation se trouve dans un texte de la convention nationale Française en 1793 « une grande responsabilité est la suite inséparable d’un grand pouvoir ».

    Les conséquences de cette annonce sont gigantesques pour des milliers d’acteurs adtech de toutes tailles. De même que l’annonce de la disparition des cookies tiers le 15 janvier 2020 avait fait l’effet d’une bombe. Le cours d’une société comme Criteo avait perdu 15% en une journée !
    Je ne parlerai même pas des conséquences pour de plus petites entreprises, comme Implcit.

    Des milliards de dollars sont en jeu ! Et celui qui annonce ce report, ce n’est pas le CEO de Google, ni le vice-président advertising, non, c’est un simple directeur, comme il doit y en avoir des milliers, Vinay Goel, Privacy Engineering Director, Chrome. Oui, Chrome ! Même pas Google advertising !

    En gros, un ingénieur, parce qu’il n’arrive pas à gérer les conséquences d’une décision de 18 mois, annonce au marché qu’il lui faut deux ans de plus ! J’ose espérer qu’il n’a pas pris cette décision tout seul… D’ailleurs, dans un mouvement inverse de 2020, le cours de Criteo a pris +15% depuis jeudi !

    Google n’a pas pris la pleine mesure de son gigantesque pouvoir. Je ne vais pas leur demander de lire le rapport de la convention nationale française de 1793, mais peut-être juste de regarder Spiderman !

    Pourtant, on est tous d’accord, Chrome n’existe que pour influer sur le marché publicitaire, hein ? Donc ils savent que leurs décisions ont pour but d’impacter le marché.

    Faire faire ce type d’annonce par un simple directeur, c’est chercher à minimiser le rôle structurant de Google. Dans un contexte d’analyse par différentes autorités de la concurrence, ce n’est pas idiot. Mais personne n’est dupe !

    Ce type de décision structurante ne devrait pas être prise par Chrome, ni même par Google. Elle devrait être le résultat d’une délibération d’un organisme dont le rôle est, justement, de structurer le marché.

    C’est l’IAB qui aurait dû annoncer ce délai. C’est même l’IAB qui aurait dû décider de ce report.

    Maintenant que le mal est fait, que faut-il faire ?

    Faut-il continuer scruter les décisions de Google, et à s’adapter constamment à leur bon-vouloir ? « Ne laissons pas Google dicter le tempo et passons dès aujourd’hui au cookieless » écrit Antoine Ripoche dans le Journal du Net.

    Les entrepreneurs ont pour beaucoup une caractéristique commune : on avance droit, et on perd le moins de temps possible à regarder ce que font les concurrents. Il faut s’adapter au marché, bien-sûr. Mais passer son temps à changer ses plans, c’est à la fois épuisant et contre-productif.

    Tout le monde n’est pas entrepreneur. Mais toutes les entreprises ont le droit de piloter leur destin. Google change d’avis sur les cookies ? Ils vont peut-être encore choisir une autre option ? Un autre calendrier ?

    Et alors ? Passons-nous des cookies. On se passera ainsi de la dépendance à Google. Comme l’écrit Antoine Ripoche, « [les annonceurs] allaient faire le changement quoi qu’il arrive, autant continuer dans cette direction ».

    L’annonce de Google de 2020 a secoué le cocotier de l’adtech. De bonnes questions ont été posées. Le respect de la vie privée n’est maintenant plus négociable. Continuons dans cette voie. Anticipons l’évolution inéluctable vers de « dataless » . Pas de cookies, pas de data. Anticipons, au lieu de subir le prochain soubresaut d’un ingénieur de Chrome.

    Continuons d’inventer le monde d’après.

  • Panels vs data : la taille compte-t-elle ?

    Panels vs data : la taille compte-t-elle ?

    Sixième et dernier article qui compare les panels et les data. Jusqu’à ce que je trouve d’autres idées…

    La taille des panels constitue leur principale limitation. A l’inverse, les data se caractérisent par des volumes importants qui offrent des possibilités infinies.

    Bigger is better?

    Source Wikipedia

    Même si la taille n’est pas tout, comme le montrent le destin des dinosaures, et l’histoire de Gallup et des sondages politiques (dont j’ai précédemment parlé).
    La qualité importe aussi. Et la conséquence de cette qualité, c’est le coût. Et ce coût limite le recrutement des panélistes. Donc la taille. Ce cercle vicieux impose un équilibre instable au business des panels.

    Pire encore, les taux d’attrition des panels sont importants. Les panélistes mesurés (à la différence des access panels qui sont interrogés) doivent installer un logiciel (pour Internet), ou un boitier (pour la télévision). Et là, toutes les raisons sont bonnes pour quitter le panel :

    • on change d’ordinateur, on ne réinstalle pas le logiciel
    • on a un problème sur l’ordinateur, on désinstalle tout ce qui n’est pas indispensable
    • on en a marre tout simplement, on quitte le panel

    Bref, garder un panel constant requiert d’énormes efforts, à la fois technologiques, et à bichonner ses panélistes.

    Le même type de problème existe aussi pour les data.

    Les recueillir coûte cher, les renouveler aussi. Il faut souvent payer les fournisseurs, ou partager les revenus que l’on génère avec ces data.

    Malgré ces contraintes, les data se comptent en millions, alors que les panels se comptent en dizaines de milliers. Avec les data, on peut cibler des comportements très pointus, comme la mise en panier d’un article particulier (Criteo), ou la visite d’une rubrique du site de l’annonceur, ou l’appartenance à un segment de clients de l’annonceur (CRM).

    La plupart de ces comportements ne sont pas ciblables avec des panels.

    Mais les data se heurtent aussi à un problème qui influe sur leur taille utile. Avec les data, on cible des individus (enfin,des appareils) qui ont eu un comportement donné. Le temps joue contre nous dans ce cas. La data se périme très vite.

    Par exemple, tout le monde sait que le retargeting perd de son efficacité en quelques minutes. Les taux de clic décroissent très vite, c’est pour ça que les retargeters négocient avec les sites un droit de first look (être appelés les premiers).

    Les intentionnistes (voiture, déménagement…) sont sur des projets de plus long terme. Les data qui leur sont associées ont une durée de vite supérieure (de quelques semaines à quelques mois).

    Quoi qu’il en soit, les data réellement utilisables à un instant t ne représentent qu’une fraction des data collectées dans le passé.

    Les panels se périment aussi, mais la situation est différente. On ne cherche pas à toucher un panéliste qui a eu un comportement, mais à créer des modèles qui permettront de toucher ceux qui ont eu le même comportement.

    Par exemple, quelqu’un qui veut changer de voiture va visiter des sites de comparateurs ou de petites annonces. Et même si cette info (je n’ai pas dit « data ») date de plusieurs mois, le comportement va rester plus ou moins le même.

    Les panels évoluent à la vitesse de la société, pas à la vitesse des individus.

    Il est donc possible de créer des modèles d’analyse des panels qui intègrent des données passées. Ainsi, des comportements plus fins peuvent être pris en compte. Un peu comme si on disposait d’un panel de taille plus importante.

    En conclusion, les panels ne permettront jamais de réaliser le même micro-ciblage que réalisent les data. Mais, comme le micro-ciblage est honni de tous, je ne vais pas me plaindre de sa disparition !

  • Face aux silos des data, une alternative avec les panels ?

    Face aux silos des data, une alternative avec les panels ?

    Dans le monde de la mesure d’audience, l’autre nom des panels, c’est la mesure user-centric. Par opposition aux compteurs de pages, site-centric, et aux pixels dans les publicités, banner-centric.

    Quand une mesure est centrée sur l’utilisateur, elle doit chercher à s’affranchir des barrières technologiques. Ce n’est pas facile, il faut, dans le cas d’un panel d’audience mesuré, développer des logiciels parfois radicalement différents. La mesure de l’usage des mobiles doit s’adapter à plusieurs systèmes d’exploitation (au minimum iOS et Android), avec leurs contraintes très fortes. Dans le monde du mobile, les applications représentent l’essentiel des usages, alors que sur ordinateur, le Web garde son leadership. En plus des spécificités de Windows et de MacOS, il faut communiquer avec divers navigateurs (Chrome, Safari, Edge ou Firefox au minimum).

    Bref, avec une approche user-centric, les efforts nécessaires pour obtenir une vision transversale du comportement d’un individu sont considérables.

    Considérables, mais possibles.

    Dans le monde de la data, ce n’est juste pas possible de suivre le comportement d’un individu entre différents silos.

    Commençons par les GAFA. Chaque walled garden défend férocement son « pré carré ».


    Petit aparté littéraire.
    Le terme « pré carré » existe depuis le Moyen Âge. Il était utilisé pour le domaine d’un seigneur, ou une série de fortification de villes. « Aujourd’hui, l’expression « pré carré » désigne une zone d’influence exclusive, d’un État, d’une entreprise4 ou même d’une personne ».

    L’expression « songer à faire son pré carré » fut utilisée par Vauban pour inciter Louis XIV à fortifier ses villes, comme Rocroi, dans mes Ardennes natales :

    Vous ne trouvez pas que pré carré recouvre exactement la signification de walled garden ? Une forteresse aux murs infranchissables ?
    Et si on utilisait pré carré à l’avenir ?
    Fin de l’aparté littéraire.

    Dans les prés-carrés des GAFA impossible d’insérer le moindre petit pixel, encore moins le moindre script. Elle est loin l’époque où Google testait les scripts de mesure de visibilité d’Alenty pour les autoriser ! Depuis, l’excuse de la protection de la vie privée est passée par là.

    Les GAFA n’acceptent plus les scripts et les pixels tiers, officiellement pour protéger la vie privée de leurs utilisateurs. Officieusement pour garder le contrôle et l’exclusivité des informations qu’ils collectent.

    Impossible donc pour un Xandr, ou un The Trade Desk de constituer des segments d’utilisateurs selon leur usage de Youtube ou Facebook. Les data collectées sont limitées aux sites avec lesquels les adtech (ou leurs clients) ont des accords.

    Entendons-nous bien, cela a constitué une masse énorme d’informations, comme on n’en a jamais vu auparavant !

    Mais du point de vue individuel, user-centric, chaque fournisseur de technologie ou de data ne voit qu’une partie du comportement d’un internaute.

    Chacun voit tout dans son silo, et rien dans le silo d’à côté.

    Lorsque j’ai expliqué les différences entre les individus et les cookies, j’ai listé les composants de l’empilement de silos concentriques : les appareils (mobile, ordinateur), les navigateurs et les applications, les technologies.

    Vous changez d’ordinateur ? Vous changez de silo. Vous passez d’un navigateur à un autre ? Nouveau silo. Vous passez d’un site à un autre, qui utilisent des technologies publicitaires différentes ? Encore un silo. Le mobile ? Un autre silo !

    Et il y a d’autres silos dont on parle encore moins. Ce sont les environnement hors GAFA où vous n’arriverez jamais à poser un pixel.

    Essayez de connaître l’usage des internautes sur le site d’un de vos concurrents ! Bon courage !

    Ou de mesurer l’usage d’un site bancaire ?

    Lorsqu’on a une approche user-centric, on a accès à l’intégralité du comportement des panélistes. Pas besoin d’accord des GAFA pour savoir combien de temps un individu a passé sur son application Facebook. Pas besoin d’aller pirater le site de ses concurrents pour savoir à quelle fréquence les internautes s’y rendent.

    Et une fois les panélistes identifiés, il devient possible de modéliser où on peut les toucher via des publicités. Car l’approche user-centric ouvre toutes les portes entre les silos.

    Comment toucher les gens qui passent plus d’une heure par jour sur Instagram ?

    Comment toucher ceux qui n’utilisent jamais une application ou un site bancaire ?

    Comment cibler sur mobile les individus qui visitent des sites de jeu sur leur ordinateur ?

    Loin d’un retour à des méthodes anciennes, les panels ouvrent de nouvelles perspectives au monde de la publicité digitale !

  • Data, panels et consentement

    Data, panels et consentement

    La crise de la data n’est pas seulement liée à l’arrêt des cookies tiers sur Chrome en 2022. Elle correspond à un besoin beaucoup plus profond de la population de ne pas être suivi.

    Ok, certains s’en foutent, et partagent allègrement leur vie privée sur les réseaux sociaux. Mais je parie mon petit orteil gauche que la plupart d’entre eux, ne se montreraient pas emballés si on leur posait la question générale « acceptez-vous que les données de votre vie privée soient utilisées par des entreprises qui vont vous exposer à des publicités ciblées ? »

    Bref, il y a un gros problème de consentement, dont les cookies ne sont que le coupable technologique idéal.

    Vers quel monde des médias nous dirigeons-nous ?

    Un mode bipolaire dans lequel une minorité des contacts publicitaires sera extrêmement bien tracée, et une majorité de contacts partiellement identifiée ou pas du tout.

    Quand j’écris « extrêmement bien tracée », je fais référence au fait que ces internautes seront suivis par leur adresse email, et non grâce à un identifiant anonyme enregistré dans un cookie. Côté amélioration de la protection de la vie privée on a vu mieux ! Mais bref…

    Le consentement qui a mené à donner son email est-il vraiment éclairé ? Les internautes auront-ils conscience de ce qui adviendra à leurs données ? Plus ou moins, selon les cas.

    Je parie mon deuxième orteil qu’on entendra encore longtemps parler de data collectées sans consentement !

    Que se passe-t-il dans un panel ? Par définition un panel est un échantillon d’individus qui acceptent de participer à des enquêtes ou d’être mesurés. Si tout est bien fait, il y a une sorte de contrat entre le panéliste et la société (d’études) qui gère le panel.

    Ce contrat se doit d’être bien plus formel qu’un consentement à accepter les cookies. Il faut en effet faire preuve de pédagogie et de transparence pour que des panélistes répondent à des questionnaires, installent un logiciel ou un boitier dans leur salon.

    Et ledit contrat prévoit aussi une contrepartie. Celle-ci peut être monétaire, ou sous forme de cadeaux ou d’avantages.

    La motivation peut aussi être bien plus désintéressée. Il y a quelques années, un de mes oncles CSP++ m’avait dit participer au panel TV de Médiamétrie. Ne cherchez pas, j’ai plein d’oncles (des deux côtés) et le nom Nicolas nous assure un anonymat pas désagréable parfois !
    Je doute que les cadeaux que mon oncle recevait en échange de sa participation l’intéressaient vu son niveau de vie. Mais il se sentait fier de participer à une mesure qui allait permettre de fournir des données si importantes pour le marché.

    Quelque soit la motivation, les panels fixent un cadre de consentement bien plus clair que les data.

    Je pose ici une question : lorsque la CNIL demande que l’acceptation des cookies ne mette en jeu aucune contrepartie, ne va-t-elle pas plus loin que les contrats qui lient les panélistes aux sociétés de panels ?

    Pourrait-il y avoir des panels sans contreparties ? Juste pour la beauté du geste ? Sur la planète Bisounours peut-être, mais pas ici.

    De même, est-il possible d’envisager que les visiteurs d’un site acceptent les cookies juste parce que le site le leur demande gentiment, avec un gif animé « chat suppliant aux grands yeux tristes » ?

    Gifs Chat potté animes, Images transparentes Chat potté

    Tentons une expérience. Je vous le demande gentiment, avec de grands yeux tristes : pourriez-vous, s’il vous plaît, partager cet article sur LinkedIn ? Miaowwww ?

  • Panels vs data : la qualité des données

    Panels vs data : la qualité des données

    Dans le match qui oppose les panels d’audience et les data (au sens de données individuelles), j’ai déjà parlé de la notion d’individus et de la répétition.

    Parlons un peu maintenant, et puisque nous mettons le pied dans le monde des échantillons, parlons de la notion de représentativité.

    En 1936, Georges Gallup (ce nom vous dit peut-être quelque chose si vous avez déjà vu des sondages) a prédit la victoire de Roosevelt aux élections présidentielles américaines. Face à une enquête massive réalisée par un journal auprès de ses dix millions de lecteurs, Gallup n’a aligné qu’un échantillon de 50 000 répondants.
    Petit, oui, mais représentatif.

    La représentativité statistique signifie qu’un échantillon a la même structure que la population qu’il est censé représenter. Dans le cas de Gallup, les lecteurs du journal n’avaient certainement pas le même profil (sexe, âge, niveau social, etc.) que les électeurs.

    La représentativité est clé si l’on veut réaliser des projections. Projeter un résultat revient à dire « Si 55% de mon échantillon vote pour Roosevelt, alors environ 55% des électeurs voteront pour lui ».

    Je visualise la projection comme un projecteur de cinéma qui reproduit la pellicule de 35 millimètres sur un écran de dix mètres de large, ou comme Thalès, lorsqu’il mesura la hauteur de la Grande Pyramide de Gizeh.

    Obtenir un échantillon représentatif est compliqué et coûteux. Médiamétrie a récemment publié un article sur les panels d’audience. Je ne m’étendrai pas ici sur les techniques, mais il faut juste garder à l’esprit que l’on peut agir sur le recrutement (aléatoire) ou sur les calculs (avec des poids de redressements).

    Une fois la représentativité de l’échantillon assurée, il faut savoir recueillir l’information. Soit en posant les bonnes questions, soit en mesurant le comportement. Une fois encore, comme en physique quantique, la mesure peut modifier le résultat qu’elle cherche à quantifier.
    Demandez à quelqu’un s’il va voter pour ce « gros connard de XXX », et vous aurez des résultats biaisés.
    De même, un échantillon mesuré (dans le cas d’une mesure d’audience média) peut être biaisé par des limitations techniques (ne pas être capable de mesurer la radio dans les voitures par exemple).

    On voit donc que la qualité d’un panel d’audience relève d’un véritable savoir-faire.

    A l’autre bout du spectre, dans le monde de la publicité digitale, on a les data. Par « data » je fais toujours référence aux données liées à un identifiant.

    Ici, l’objectif n’est habituellement pas de projeter. On utilise la data pour cibler et mesurer. Si on n’a pas de data, on ne fait rien, on est aveugles.

    La data aussi peut s’avérer de plus ou moins bonne qualité.

    Lors de son recueil, elle va dépendre de la question posée , ou de l’intérêt que l’on a d’y répondre correctement (« vous avez bien 18 ans ? » avant d’accéder à un site porno par exemple). Pourquoi devrais-je donner ma vraie date de naissance pour valider un achat de bouquin ???

    Vous me direz, une bonne partie des data utilisées n’est pas déclarative. Les data comportementales sont enregistrées automatiquement (un pixel ne peut pas mentir). Mais on aurait tort de les croire parfaites.

    Lorsque je détaille les différences entre les cookies et les individus, j’explique que les premiers sont souvent en silos. Il y a donc de nombreux cookies pour un même individu. Les techniques de cookie matching règlent ce problème (avec des pertes).
    Mais à l’inverse, il y a souvent aussi plusieurs individus pour un même cookie. Et dans le cas, le comportement mesuré ne correspond parfois plus à la personne que l’on cherche à toucher lorsqu’on achète une publicité. Sur un ordinateur familial partagé comme chez moi, on a pratiquement quatre utilisateurs, dont au moins deux quotidiens. Alors imaginez chez Nico qui a cinq gosses !

    La croyance en la perfection de la data doit donc être relativisée chez nombre de ses utilisateurs.

    Est-ce à dire que la qualité de la data ne permet pas de réaliser des projections ? Pas du tout ! Mais il faut prendre la data pour ce qu’elle est : une mesure imparfaite obtenue sur un échantillon imparfait.

    Si l’on veut projeter (ou extrapoler), il faut 1. être conscient des limitations des data dont on dispose 2. maîtriser les techniques de redressement.

    Le hic c’est qu’aujourd’hui, ces notions ne sont pas partagées, et que, en digital, la notion même de qualité n’a jamais eu autant de poids que la quantité.

    Car le pendant de la qualité, c’est son coût. Et le coût d’un échantillon représentatif dicte sa limitation principale, la taille.
    Plusieurs fois, mes interlocuteurs en agence, qui n’avaient jamais été formés aux panels, ont comparé les tailles d’échantillons (quelques dizaines de milliers) avec les volumes de data (plusieurs dizaines de millions de cookies).

    La taille importerait donc ?

    Cela dépend de ce que l’on veut faire.

    Si on cherche la finesse, la taille permettra de créer des cibles sur des comportements les plus fins, jusqu’au micro-ciblage, le retargeting. Et si on utilise la data pour cibler directement, on ne commet que l’erreur que je mentionnais plus haut (individus vs cookies).

    Mais si on veut projeter des résultats, on peut se tromper lourdement, car les biais peuvent s’avérer énormes. En effet, les projections démultiplient les erreurs. Si Thalès avait mal mesuré son bâton de quelques centimètres, son estimation aurait été fausse de plusieurs dizaines de mètres !

    Pour les panels, c’est pareil. Des données fausses (recrutement biaisé, mesure incomplète) génèrent des écarts de prévisions importants. Vous pouvez par exemple croire qu’un site est bien adapté à votre cible, alors qu’une partie importante de son audience est sous représentée dans votre échantillon.

    Inversement, les erreurs de projection d’un échantillon représentatif sont bien inférieures (merci M. Gallup). Mais la finesse reste limitée.

    En conclusion, tout dépend de ce que l’on cherche. Si on a droit à une marge d’erreur importante, la qualité peut rester en second plan par rapport à la qualité.

    Mais si on cherche à construire la confiance, et c’est un facteur-clé de succès des études, la marge d’erreur acceptable doit être minime. Et la qualité prime.

  • I’m not quite dead, sir! Les panels d’audience ne sont pas morts

    I’m not quite dead, sir! Les panels d’audience ne sont pas morts

    Les panels d’audience permettent de mesurer, planifier des campagnes publicitaires, et valider les achats média depuis des dizaines d’années. En France il existe des panels pour la télévision, la radio, et Internet.

    Sur internet, l’essor des data utilisateur a presque limité la mesure d’audience par panel aux études. Alors qu’en télévision les panels restent la base des achats et de la facturation.

    Depuis plus de 10 ans, le marché préfère en effet acheter (cher) de la data utilisateur que fonder son ciblage sur l’audience des sites. L’hyper-ciblage est venu enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil des panels avec des cibles comportementales ultra-précises.

    La génération actuelle des acheteurs du média digital ne connaît pas les panels. On ne peut pas les blâmer, ils ont été biberonnés aux clics de Google, au retargeting de Criteo, au TrueView de Youtube, à l’audience de Facebook.

    Parlez de panels à un trader média, il vous dira : « un échantillon de 20 000 personnes ? Ca sert à quoi ? Moi j’achète des bases de millions de cookies ! ». Comparer les tailles des panels aux bases de cookies, ça n’a pas de sens, évidemment. Mais comment pourrait-il le savoir ?

    Mais une série de tempêtes vient perturber le calme océan du ciblage par data : RGPD, Cookies tiers (Safari, puis Firefox, puis Chrome en 2022), ATT d’Apple, CNIL… La fin du tout data est annoncée.

    Comment alors cibler les publicités digitales ?

    Je ne vais pas lister les différentes options (des ids unifiés aux cohortes de FLoC), mais juste rappeler qu’il existe une notion qui a fait ses preuves : le panel.

    Les panels ne sont pas morts ! Certes il ne faudra pas s’attendre à répliquer les mêmes méthodes avec les panels qu’avec la data. Mais leurs caractéristiques méritent que l’on procède à une petite analyse comparative.

    J’ai déjà largement parlé de la différence entre les individus et les cookies.
    Du point de vue marketing, il est donc beaucoup plus exact de s’intéresser à un individu qu’à un cookie, qui ne représentera qu’une vision parcellaire du comportement d’un individu.
    Un simple concept technique comme les répétitions, sont fausses, même (et surtout) avec des cookies !

    Donc sur la notion d’individu, le match est déjà joué : Panels 1 – 0 Data.

    Mais comme il faut bien garder le suspens, et remplir ma liste d’articles à écrire pour les semaines à venir, je ne vais pas tous développer tout de suite les autres aspects qui différencient les data et les panels. Mais leur simple énumération peut déjà vous intéresser.

    Voici ce qui vous attend dans les prochaines semaines :

    • La qualité des données : d’où viennent les data ? Comment les panels sont-ils recrutés ?
    • Le consentement : comment repenser le ciblage sur la base du consentement ?
    • Les silos : peut-on avoir une vision exhaustive du comportement digital d’un individu ?
    • La taille : petit et bien foutu ou gros et malformé (demandez à M. Gallup) ?

    Enfin, si vous ne l’avez pas déjà vu 100 fois, regardez « Sacré Graal » des Monthy Pythons.
    J’aurais adoré illustrer cet article avec la scène du black Knight. Mais la réplique « I’m not quite dead » (« je ne suis pas tout à fait mort) de la scène de Concorde et Lancelot se prêtait mieux à cet article.

  • Les Chouans de la data

    Les Chouans de la data

    Lorsqu’une cause est perdue, faut-il encore se battre ?

    Je suis né à Sedan, ville connue pour son club de foot, où a joué le père de Yannick Noah, et pour l’épisode des dernières cartouches. En 1870, les troupes françaises encerclées par un régiment bavarois à Bazeilles, près de Sedan, se battent jusqu’à leur dernière cartouche. Le lendemain, Napoléon III signe la capitulation à Sedan.

    Dans le même genre d’idée, Les Chouans de Balzac raconte le combat tragique (car nous savons qu’il est perdu) des derniers royalistes lors de la révolution française.

    Chouans, affiche (extrait)

    On peut trouver une certaine noblesse à se battre jusqu’au bout. C’est très japonais. Dans La Noblesse de l’Echec, Ivan Morris cite d’innombrables exemples de héros Japonais, connus pour avoir perdu, mais perdu avec honneur.

    Les Chouans ont le sens de l’honneur, certes. Mais ils ont aussi la violence de celui qui se sait acculé.

    En 2021, avec la data, on assiste à une sorte de baroud d’honneur des start-ups de la data.

    Mais c’est bon, la messe est dite. Le tout data va bientôt se terminer ! Laissez tomber !

    Alors pourquoi certains continuent-ils de chercher des bidouilles pour prolonger un peu leur agonie ?

    Prenez les empreintes numériques par exemple.

    Petit aparté lexical.
    On se trouve obligés de dire « empreintes numériques » pour éviter d’utiliser « empreintes digitales ». Alors que l’expression anglo-saxonne est digital fingerprint. Tout ça parce qu’on a la flemme de parler français. Le mot digital en anglais signifie « numérique », car il vient de digit, qui désigne un chiffre (en base décimale).
    Or on compte en base décimale parce qu’on a dix doigts. Et en français, digital désigne les doigts et non les chiffres.
    Donc, en traduisant bêtement digital (les mots anglais sont en italique dans mes articles) par digital, on se retrouve coincés. Les empreintes digitales ne peuvent plus désigner les traces numériques que l’on laisse, car elles évoquent celles de nos doigts.
    Faites un effort, parlez (vraiment) Français !
    Fin de l’aparté lexical.

    Qu’est-ce qu’une empreinte numérique ?

    C’est l’utilisation de toutes les informations que vous laissez trainer pour vous identifier de manière à peu près unique, comme les liste très bien Firefox) :

    • « les extensions que vous utilisez
    • le système d’exploitation et le modèle de votre appareil
    • la résolution de votre écran et la langue
    • des informations sur votre connexion réseau
    • les polices d’écriture installées sur votre ordinateur »

    La combinaison de toutes ces informations est pratiquement unique pour chaque navigateur. Donc sans cookies, un service en ligne peut utiliser ces combinaison comme identifiant unique et enregistrer des informations sur vous sans votre consentement.

    Alors comment contrer ces calculs d’empreinte numérique ?

    Il n’est plus vraiment nécessaire de transférer certaines informations, comme les polices de caractères installées. Avec les réseaux rapides aujourd’hui, les polices utilisées peuvent être chargées à la volée. Idem pour les langues.

    Bref, avec quelques évolutions des navigateurs, il sera de plus en plus difficile de calculer des empreintes numériques. Les utilisateurs et le marché n’y perdront pas grand chose.

    Mais il existe une autre information que les Chouans de la data lorgnent. L’adresse IP.

    Liée à quelques unes de ces informations, l’IP se révèle extrêmement utile pour calculer une empreinte numérique.

    Et supprimer l’adresse IP des requêtes HTTP, c’est comme faire une Forêt Noire sans chocolat ou du vin sans raisin ! Tout l’Internet est fondé sur la communication entre deux ordinateurs via leur adresse IP !

    Il semble qu’il soit possible de la supprimer. Mais alors de nombreux services, légitimes et pertinents, partiraient avec. Par exemple, comme connaître le pays d’un internaute ? Comment un responsable sécurité peut détecter des comportements frauduleux sur ses serveurs sans détecter qu’une IP inconnue a un comportement anormal ?

    Jusqu’où faudra-t-il aller pour que les acteurs du marché publicitaires arrêtent enfin de jouer au petit malin ? Notre industrie s’est développée sur la base de bidouilles techniques. On ne peut pas attendre qu’elle s’autorégule…

    En 2018, la CNIL avait joué un rôle important en sanctionnant plusieurs sociétés qui recueillaient trop de données géolocalisées. Et ça avait marché.

    Le cadre de la protection de la vie privée est posé, il faut juste l’appliquer.

    Je préfère que la CNIL bloque les petits malins qui trouveront la prochaine faille, plutôt que de continuer ce jeu technologique du chat et de la souris.

  • 13 % ?

    13 % ?

    Dans cette interview, Alain Lévy de Weborama estime que seuls 13% des contacts publicitaires seront à l’avenir associés à des data.

    13% ? Seulement ?  Pourquoi pas 50% ?
    13% ? Ah c’est pas 0% ?

    Faites un petit sondage autour de vous (sauf à votre belle-mère chez qui vous êtes confiné, à moins qu’elle ne bosse dans la publicité digitale depuis plus longtemps que vous), et vous obtiendrez des estimations qui vont de 0 à 50%.

    Donc, d’après le graphique ci-dessous, et une longue analyse mathématique, on peut en déduire une chose : les avis de nos experts ne suivent pas une loi normale ! 😄

    Plus sérieusement, si les avis divergent, à la défense de mes petits camarades, c’est qu’il faut avouer que la question est extrêmement délicate.

    Quelles sont les conditions pour qu’une impression publicitaire soit associée à des data ?

    • Des data doivent avoir été collectées par un data provider
    • Ce data provider doit utiliser un système d’id persistant (email hashé certainement) qui passera outre les limitations sur les cookies tiers
    • A un moment de la chaîne (AdServer, SSP ou DSP), l’impression doit avoir été enrichie avec ces data grâce à cet id persistant
    • Le data provider et le site font correspondre leurs informations. On parle de matching pour paraître plus intelligents. Le matching n’est jamais parfait, il varie entre 50% et 80%. Prenons 65% pour simplifier les calculs.

    Dans le cas le plus simple, tout se joue au niveau du site :

    • Il a de la data sur ses visiteurs
    • Il a mis en place un login pour les identifier par leur email
    • Il peut générer des impressions liées à cette data

    Cela passe par de la donnée first party, pas de cookies tiers, donc tout va bien.

    M. Lévy a raison, la plupart du temps, cela passera par des environnements logués (l’association prebid les estime à 20%). Il y aura peut-être des cas où des utilisateurs ne seront pas logués mais où un id (dans un cookie first party) aura été relié à leur email.
    Des cas rares donc. Au final, 65% de matching sur 20% des impressions, on arrive à 13%. Pourquoi pas…

    Mais la semaine dernière, Google a annoncé que DV360 ne permettra pas l’utilisation de systèmes d’ids fondés sur des emails hashés. Cette annonce va-t-elle faire passer ces 13% à 0 ?

    Je ne le crois pas.

    J’ai entendu dire qu’il y aura une exception pour les annonceurs qui veulent utiliser leurs bases CRM sur Youtube, ce qui serait logique. Mais dans ce cas, Google autoriserait cette pratique sur ses propres inventaires, mais l’interdirait sur les autres ?
    Ils peuvent toujours trouver des explications (chez nous, on contrôle que la vie privée est bien respectée), mais cela constituerait une sacré distorsion de concurrence, non ?

    Bref, supposons que ce soit le cas. DV360 n’a pas 100% du marché. D’autres DSP existent, qui autoriseront ces ids. Cette décision de Google réduira-t-elle la part de marché de son DSP DV360 ? Ce serait bien la première fois que Google se tire une balle dans le pied…

    D’autant qu’il y a des contournements. 
    La curation va permettre de créer des deals sur la base de data, avec des emails hashés. Ces deals pourront être achetés sur DV360 sans que la DSP de Google n’ait besoin d’accéder aux data directement. Google pourra-t-il détecter que ces deals mettent au jeu des data et les bloquer ? Je ne vois pas bien comment…

    On peut donc supposer que la décision de Google ne réduira pas les 13% à peau de chagrin.

    Mais attendez ! 

    13% de contacts publicitaires avec des data, ça veut dire 87% sans data, non ?

    Le business plan d’Implcit a été construit sur une hypothèse conservatrice de 50% des publicités sans data. Ca laisse une bonne marge de sécurité, non ?